Vieux ? Pas vieux ? Comment faire face au vieillissement de nos équidés ?
On me demande souvent à quel âge un cheval est considéré comme vieux ?
Sur le plan alimentaire la réponse est : quand ce que vous faites d’habitude ne marche plus. En général c’est au détour d’une fin d’hiver, où son cheval maigrit, que l’on commence à se poser des questions sur son état digestif.
Avec l’âge, l’improvisation alimentaire n’est plus de mise. Il est souhaitable de nourrir de manière ciblée et avant cela, un point vétérinaire est nécessaire.
Les problèmes les plus fréquemment rencontrés :
- Altérations au niveau de la bouche
- Troubles gastro-intestinaux
- Troubles hépatiques
- Troubles osseux
- Troubles musculaires et locomoteurs
- Troubles immunitaires et endocriniens
- Dents et mastication
La bouche, est la partie la plus centrale à surveiller avec l’âge qui avance. Toute lésion de la bouche entraine toute une cascade de défauts d’abreuvement, de tri alimentaire, de préhension des aliments, de mastication. L’altération des tables dentaires conduit à une mauvaise mastication et à la formation de boulettes, ce qui signifie que le cheval n’a plus la capacité de digérer le foin et/ou l’herbe de manière efficace. Il faut donc l’aider en fournissant des fibres déjà découpées.
Pour les problèmes de dentition l’alimentation de base doit être faite de :
- fibres réhydratées, ou fibres courtes et souples sèches
- granulés de foin à réhydrater,
- fractionnement des repas pour éviter les séquences de plus de 3h estomac vide.
- Vieillissement digestif : quand l’efficacité de la ration baisse c’est un signal d’alerte
Chez le senior, la problématique n’est pas tant l’ingestion que l’assimilation. On observe classiquement :
- une digestibilité des fibres moins performante,
- une valorisation protéique plus aléatoire,
- une flore intestinale plus fragile,
Dans ces cas-là, ce n’est pas la quantité d’aliment qui est importante, mais la qualité des fibres, leur accessibilité et leur régularité. Le foin reste la pierre angulaire, mais il doit être appétent, distribué en continu, en évitant les tiges trop rigides.
-
- Protéines : moins de muscle chez le cheval vieillissant
Le cheval senior perd naturellement de la masse musculaire (c’est ce qu’on appelle de la sarcopénie) L’erreur classique serait de réduire les protéines « par prudence » alors qu’en réalité, on cherche :
- Des protéines hautement digestibles.
- Suffisamment riches en acides aminés essentiels. Un déficit chronique en lysine chez le senior par exemple, est préjudiciable pour la masse musculaire
- Les calories : essentielles au maintien en état
Le cheval senior gère moins bien les variations d’insuline. Les rations trop riches en amidon deviennent vite contre-productives avec un risque de dégradation métabolique. On va chercher à privilégier les fibres fermentescibles, les matières grasses bien tolérées. Ces sources de calories vont apporter une énergie lente et stable.
-
- Minéraux et micronutrition
Avec l’âge, les besoins en minéraux et oligo-éléments augmentent, justement parce que le corps se fatigue de l’intérieur plus rapidement.
Il peut y avoir des modifications tendineuses et ligamentaires avec une perte d’élasticité et une laxité.
Le vieillissement articulaire se traduit par la dégénérescence progressive du cartilage articulaire,
la formation de fibrillations cartilagineuses, et par une inflammation articulaire chronique qui altère la qualité du liquide synovial. Cela entraine une diminution de l’élasticité du cartilage, une diminution de la capacité d’absorption des chocs, et une augmentation de la répercussion des traumatismes sur l’os sous-chondral.
La baisse d’immunité et l’augmentation de la perméabilité intestinale vont demander de plus grandes quantités d’oligo-éléments pour que le corps reste efficient.
- Immunité, impact endocrinologique et hépatique
Avec l’âge, le cheval peut avoir des réponses immunitaires moins efficace face aux agressions.
Les systèmes immunitaires, endocriniens et hépatiques sont interconnectés, avec comme pièce maîtresse au cœur du décor : le système digestif. Toute tension nutritionnelle sur l’un de ces systèmes finit tôt ou tard par déstabiliser les autres.
Le cheval sénior développe avec l’âge une immunité « lente ». Il est moins efficace face aux agressions mais reste inflammé plus longtemps. On ne va donc pas chercher à « booster » l’immunité mais plutôt à stabiliser ses réponses. Les cicatrisations sont plus lentes, les infections (respiratoires notamment) plus longues à résorber, et les inflammations sont plus discrètes.
Le soutien de l’immunité et du système endocrinien se font par :
- Un apport protéique adapté
- Un soutien de la barrière intestinale
- Une limitation des excès glucidiques : forts apports d’amidon ou de sucres solubles
Quant au foie, celui-ci fonctionne toujours, bien évidemment, mais il compense moins bien, il gère mal les surcharges toxiniques, et recycle moins bien les hormones. Le foie se fatigue vite et les apports nutritionnels doivent veiller à être les plus limpides possibles pour ne pas aggraver cette fatigue.
En résumé, plus le cheval vieillit, plus les approximations nutritionnelles qui étaient largement supportées chez le cheval plus jeune, deviennent pesantes sur un corps qui fatigue.
Bien vieillir demande surtout de la rigueur, de la continuité et surtout pas d’aléatoire.
Je finis cet article avec une photo de Garlane, un vieux papi que je suivais et qui nous a quitté mi-janvier et ne pouvait plus se relever. Tout mon soutien à son humaine qui l’adorait.
AVANT/APRES Marmotte
Commentaires